Bref état des lieux de la bande dessinée africaine par guy le 04/09/2009

Aya de YoupougonAya de Youpougon

Tandis que Aya de Yopougon, tome 1, prix du premier album au festival de la BD d’Angoulême en 2006, a remis la bande dessinée africaine sur le devant de la scène, il n’en demeure pas moins que la BD d’auteurs africains est très peu connue du côté de l’hexagone. Quels en sont les principales inspirations ? Comment s’organise cette bande dessinée par rapport à celle que l’on retrouve en Europe ou encore au Japon ? Arrêtons-nous, l’instant de quelques lignes, pour voir ce qui se cache derrière la BD africaine.

Une bande dessinée en mouvement…

La BD africaine est plus que jamais vivante. Même si elle bénéficie d’une moindre couverture médiatique, elle parvient à exister tant bien que mal. On peut trouver des albums dans certaines libraires, elle fait l’objet de nombreux festivals, congrès et autres salons de BD. Elle possède ses propres héros : d’Aya en Côte d’ Ivoire à Zoba Moke au Congo c’est une bande dessinée qui s’organise pour atteindre son public. Qui dit toucher son public, dit forcément maisons d’éditions…

Les éditeurs de la BD africaine

Quand les flamboyants fleurissent et Les Blancs dépérissent - aux éditions L'HarmattanQuand les flamboyants...Editions L'Harmattan

Comme c’est le cas pour toutes les bandes dessinées, le succès de la BD passe par les maisons d’édition. L’exception africaine vient des problèmes financiers rencontrés par les éditeurs africains. La BD africaine, comme la littérature africaine en général, dépend fortement de l’étranger et des maisons d’édition européennes en particulier. En effet, certains éditeurs français se sont lancés dans l’édition de BD africaine. C’est le cas de l’Harmattan par exemple. Toutefois, quelques maisons d’éditions africaines se sont lancées dans l’édition de BD. C’est le cas des éditions CLE au Cameroun ou les Nouvelles éditions Ivoiriennes en Côte d’ivoire. Ceci bien évidemment concerne la bande dessinée en Afrique francophone. Ce n’est pas le cas dans les pays anglophones comme le Nigéria ou l’Afrique du Sud où, il y a un plus grand nombre de maisons d’édition.

Les auteurs

Dans la bande dessinée africaine, on retrouve trois familles d’auteurs :

- Les auteurs européens pour africains : Ce sont généralement des auteurs européens dont les travaux ne sont pas repris dans le catalogue européen de la BD, et qui sont totalement diffusés en Afrique pour les Africains. C’est le cas de Serge Saint-Michel et B. Duffossé, qui ont animé pendant plusieurs années, comme scénariste et dessinateur, les magazines Calao et Kouakou qui ont cessé de paraître.

- Les auteurs européens et africains sur un même album : La co-production d'une œuvre destinée aux seuls Africains réunissant le travail d'un Européen et d'un Africain donne une BD mixte caractérisée par le mélange d'une "pensée du nord" et d'un "Crayon du sud". Quelques exemples : en Côte d'Ivoire, Maïga (le Français Labo) a signé avec Apolos Les aventures de Dago ; les Français Bréal et Karul (scénaristes), associés au dessinateur ivoirien Salia, ont publié chez L'Harmattan Quand les flamboyants fleurissent et Les Blancs dépérissent. En République Centrafricaine, Ph. Garbal et B. Nambana ont co-signé La chaîne et l'anneau. Le Congolais Barly Baruti publie avec le scénariste Franck Giroud deux séries parues en France : Eva K., et Mandrill.
La co-production permet de mettre en avant un auteur africain dans le marché européen et de lui procurer plus de crédibilité. C’est l’exemple de la bande dessinée Aya écrite par Marguérite Abouet

Dipoula de Pahé et StiDipoula de Pahé et Sti

d’origine ivoirienne avec Clément Oubrerie au dessin.

- Les auteurs africains : La BD africaine foisonne de nombreux auteurs. Surtout connus dans leurs pays respectifs, ces auteurs ont du mal à émerger dans le marché international. Ils sont parfois soutenus par des auteurs étrangers à travers des festivals, comme ce fut le cas avec Ptiluc lors du salon africain de la bande dessinée et de la lecture pour la jeunesse de Kinshasa. Les auteurs africains sont des auteurs qui travaillent d'une manière autonome et qui publient des œuvres d'une grande originalité et avec un point de vue différent de celui qu’on retrouve dans la BD franco-belge. On y retrouve évidemment des thématiques autour des enfants soldats, du sida ou de la pauvreté. Mais également des sujets importants mais abordés avec légèreté ou tout simplement des histoires contées avec humour. (avec le personnage Dipoula développé par Mister Pahé et Sti et édité chez Paquet). Des auteurs qui essayent d’exprimer leur créativité malgré un contexte social et politique qui n’est pas toujours favorable. Alors, quel avenir pour cet art pour les auteurs africains ?

L'avenir de la BD Africaine

 

 

 

 L’avenir de la BD se joue en partie dans le continent africain car c’est avant une bande dessinée qui parle des réalités de l’Afrique. C’est donc par ricochet qu’elle pourrait se vendre en masse dans d’autres régions, comme ce fut le cas avec le manga ou les comics. Toutefois, notons l’émergence de quelques éditeurs qui mettent en avant la BD africaine en Europe depuis 2001. C’est le cas d’Afro bulles. Afro-Bulles est une association crée à Paris en 2001, dans le but de promouvoir la BD africaine. Son originalité vient du fait qu’elle essaye de présenter un visage différent de la vie en Afrique. Une thématique moins axée sur les problèmes de violence, de pauvreté généralisée ou de guerre. Bref, une BD africaine qui a pour but de montrer au monde une face de l’Afrique encore peu médiatisée. Une approche qui a sans doute contribué au succès de Dipoula édité par paquet et d’Aya publiée aux éditions Gallimard. Serait-ce la recette magique qui conduira la BD africaine la conquête du marché européen ?

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